L’acquisition de la marche représente une étape cruciale dans le développement psychomoteur de l’enfant, suscitant naturellement l’attention et parfois l’inquiétude des parents. À 16 mois, si votre enfant ne marche pas encore, vous vous interrogez probablement sur la normalité de cette situation. La réalité est que chaque enfant évolue selon son propre rythme, et les variations individuelles dans l’apprentissage de la marche sont considérables. Les professionnels de santé s’accordent pour dire que l’acquisition de la marche peut survenir entre 9 et 18 mois, voire légèrement au-delà, sans nécessairement révéler un problème de développement.

Cette période d’attente peut générer du stress parental, d’autant plus que l’environnement social tend souvent à comparer les acquisitions des enfants. Comprendre les mécanismes complexes qui régissent l’apprentissage de la marche permet d’adopter une approche plus sereine et éclairée face à cette situation.

Étapes normales du développement moteur entre 12 et 18 mois

Le développement moteur suit une progression logique et prévisible, bien que le timing varie considérablement d’un enfant à l’autre. Entre 12 et 18 mois, les acquisitions motrices s’intensifient et se complexifient, préparant l’enfant à la marche autonome. Cette période constitue une phase charnière où les compétences acquises précédemment se consolident pour permettre l’émergence de nouvelles aptitudes.

Acquisition progressive de la station debout autonome

La capacité à se maintenir debout sans appui représente un prérequis fondamental à la marche. Cette acquisition nécessite un développement musculaire suffisant des membres inférieurs et du tronc, ainsi qu’une maturation des systèmes d’équilibre. L’enfant commence généralement par se hisser en position debout en s’aidant des meubles ou des mains d’un adulte, développant progressivement la force nécessaire pour maintenir cette position.

L’évolution vers la station debout autonome s’effectue graduellement. L’enfant apprend d’abord à lâcher momentanément ses appuis, testant son équilibre sur de courtes durées. Ces tentatives répétées renforcent les muscles stabilisateurs et affinent les mécanismes de contrôle postural. La confiance se développe parallèlement aux capacités physiques, créant un cercle vertueux d’apprentissage.

Transition du quatre-pattes vers les premiers pas

Le déplacement à quatre pattes constitue souvent une étape intermédiaire essentielle, bien que tous les enfants ne la franchissent pas obligatoirement. Cette forme de locomotion permet de développer la coordination entre les membres et renforce les muscles du tronc. Certains enfants préfèrent d’autres modes de déplacement, comme le déplacement sur les fesses ou le rampement, qui contribuent également au développement moteur.

La transition vers la marche bipède s’amorce généralement par des déplacements latéraux le long des meubles, communément appelés « cruising ». Cette phase permet à l’enfant d’expérimenter le transfert de poids d’un pied à l’autre tout en conservant un appui sécurisant. Les premiers pas indépendants surviennent souvent de manière inattendue, lorsque l’enfant se sent suffisamment confiant pour abandonner ses appuis habituels.

Développement de l’équilibre dynamique et statique

L’équilibre constit

L’équilibre statique correspond à la capacité de rester immobile en position debout, tandis que l’équilibre dynamique concerne le maintien de la stabilité pendant le mouvement, comme lors des premiers pas. Entre 12 et 18 mois, ces deux formes d’équilibre se construisent simultanément grâce aux nombreuses expériences de mouvement quotidiennes. Chutes, tâtonnements, reprises d’appui sur les meubles ou sur l’adulte font partie intégrante de cet apprentissage et ne doivent pas être interprétés d’emblée comme un signe d’inquiétude.

Vous remarquerez peut-être que votre enfant reste un long moment debout sans bouger, comme s’il « testait » ses appuis, puis qu’il se rassoit brusquement. Ces essais répétés lui permettent d’ajuster finement la position de ses pieds, de ses genoux et de son bassin, un peu comme un funambule qui apprend à maîtriser son balancier. Plus ces expériences sont nombreuses, plus la marche autonome a de chances d’apparaître de façon fluide et sécurisée.

Renforcement musculaire des membres inférieurs

Pour qu’un bébé de 16 mois marche, ses muscles des jambes, du bassin et du tronc doivent être suffisamment toniques pour soutenir le poids du corps et gérer les changements de direction. Ce renforcement ne se fait pas uniquement au moment des premiers pas, mais bien en amont, dès les phases de roulades, de ramper et de quatre-pattes. Chaque poussée sur les bras et les jambes, chaque tentative pour se redresser contribue à construire la force nécessaire.

Le temps passé au sol, sans être constamment maintenu assis ou porté, est donc un élément clé. En permettant à votre enfant de grimper sur des coussins, de se relever à un meuble, de se déplacer avec un pousseur stable, vous lui offrez des « séances de musculation » adaptées à son âge. À l’inverse, une utilisation excessive de dispositifs restrictifs (transats, trotteurs, chaises hautes prolongées) peut limiter ces occasions de renforcement musculaire et retarder, de façon bénigne mais réelle, l’apparition de la marche.

Facteurs physiologiques influençant la marche tardive chez le nourrisson

Lorsque l’on s’interroge sur un bébé de 16 mois qui ne marche pas encore, il est essentiel de considérer certains facteurs physiologiques qui peuvent expliquer une marche plus tardive sans être forcément pathologiques. Le tonus musculaire, la souplesse ligamentaire, la morphologie des pieds, la maturation des systèmes d’équilibre ou encore le poids corporel jouent tous un rôle dans le calendrier d’acquisition de la marche. Comprendre ces éléments permet de relativiser certaines inquiétudes et d’identifier les situations qui justifient une évaluation médicale.

On pourrait comparer l’apprentissage de la marche à la construction d’une maison : selon les matériaux disponibles et les caractéristiques du terrain, le chantier peut avancer plus ou moins vite, tout en restant solide et fiable à la fin. Certains enfants disposent très tôt d’un tonus et d’un équilibre efficaces, d’autres ont besoin de quelques mois supplémentaires pour consolider leurs « fondations » motrices.

Hyperlaxité ligamentaire et tonus musculaire

Certains bébés présentent une hyperlaxité ligamentaire, c’est-à-dire des ligaments plus souples que la moyenne. Cette souplesse peut donner l’impression que les chevilles ou les genoux sont « mous » ou instables, ce qui peut retarder temporairement la marche. L’enfant doit alors développer davantage sa force musculaire pour compenser cette hypermobilité et stabiliser ses articulations avant d’oser se lancer sans appui.

De la même façon, un tonus musculaire légèrement bas (hypotonie modérée) peut conduire à une marche plus tardive, sans qu’il y ait forcément une maladie sous-jacente. Ces enfants paraissent parfois « mous » dans les bras, s’asseyent plus tard ou fatiguent vite en position debout. Dans ces situations, un accompagnement par un kinésithérapeute pédiatrique ou un psychomotricien peut proposer des jeux et exercices ciblés pour favoriser le renforcement musculaire et sécuriser progressivement la mise en charge sur les jambes.

Morphologie des pieds et développement des arches plantaires

Jusqu’à 3 ou 4 ans, il est parfaitement normal que le pied de l’enfant paraisse plat : la voûte plantaire est encore en construction et masquée par un coussinet graisseux. Un « pied plat » à 16 mois n’explique donc pas à lui seul un retard de marche. En revanche, certaines particularités morphologiques plus marquées — pieds très tournés vers l’intérieur ou vers l’extérieur, appuis exclusivement sur la pointe des pieds ou au contraire sur les talons — peuvent gêner l’acquisition d’une marche stable.

Dans ces cas, l’observation des pieds nus, sur un sol ferme, est particulièrement précieuse. Elle permet de repérer le schéma d’appui réel de l’enfant, sans l’influence éventuelle de chaussures trop rigides ou trop petites. Lorsque les appuis sont très asymétriques ou douloureux, un avis spécialisé (pédiatre, podologue ou orthopédiste pédiatrique) permettra de vérifier l’absence d’anomalie structurelle et, si besoin, de proposer des mesures simples : adaptation des chaussures, conseils de motricité libre, ou suivi plus spécifique.

Maturation neurologique du système vestibulaire

L’équilibre de votre enfant ne dépend pas uniquement de ses muscles : il repose aussi sur la maturation de son système nerveux, en particulier du système vestibulaire situé dans l’oreille interne. Ce système agit comme un véritable « niveau à bulle » interne, informant le cerveau de la position de la tête et des mouvements du corps dans l’espace. Chez certains enfants, cette maturation est un peu plus lente, ce qui peut se traduire par une prudence accrue à la marche ou une difficulté à gérer les changements de position rapides.

Les jeux qui impliquent des changements de posture et des mouvements doux (se balancer, tourner sur soi-même de façon modérée, grimper puis redescendre d’un petit support stable) participent à stimuler ce système vestibulaire. Tant que votre bébé de 16 mois explore, se retourne, se met assis, se lève avec appui et se déplace à sa manière, vous pouvez généralement vous montrer rassuré : son système neurologique continue de se structurer, même si la marche autonome n’est pas encore là.

Impact du poids corporel sur l’acquisition motrice

Le poids et la corpulence de l’enfant peuvent également influencer le rythme d’apparition de la marche. Un bébé plus « dodu » devra fournir un effort musculaire plus important pour se hisser, se maintenir debout et se déplacer en appui sur ses jambes. Cette charge supplémentaire peut retarder légèrement la mise en place d’une marche fluide, sans que cela soit anormal ou pathologique en soi.

L’essentiel est de surveiller la courbe de croissance avec votre pédiatre afin de s’assurer qu’elle reste harmonieuse, et de proposer un environnement qui favorise la motricité libre : beaucoup de temps au sol, des objets à atteindre, des meubles bas pour s’agripper. En évitant de porter systématiquement l’enfant ou de le placer trop longtemps dans des dispositifs où il est passif, vous l’aidez à se muscler progressivement, quel que soit son gabarit.

Signes d’alerte neuromoteurs nécessitant une consultation pédiatrique

Si la majorité des marches tardives sont bénignes, certains signes doivent néanmoins conduire à solliciter un avis médical. L’objectif n’est pas de vous inquiéter inutilement, mais de vous donner des repères clairs pour distinguer une variation normale du développement d’une situation qui mérite un bilan. À 16 mois, l’attention se porte moins sur le fait que le bébé ne marche pas encore, et davantage sur la qualité globale de sa motricité, sa symétrie et l’évolution de ses acquisitions.

En cas de doute, il est toujours préférable de consulter plutôt que de rester avec des questions. Un simple examen clinique rassure souvent les parents, et lorsqu’un retard moteur est réellement présent, une prise en charge précoce améliore significativement les perspectives d’évolution. Vous n’êtes donc jamais « trop prudent » en demandant un avis à votre pédiatre ou à un neuropédiatre.

Asymétrie motrice et troubles de la coordination

Un des premiers signaux d’alerte concerne l’asymétrie motrice. Par exemple, un enfant qui se met systématiquement debout en s’appuyant toujours sur la même jambe, qui traîne une jambe en rampant, ou qui n’utilise qu’une seule main pour attraper et manipuler les objets de façon très marquée, peut nécessiter une évaluation. De même, des chutes très fréquentes associées à une maladresse importante ou à une difficulté à coordonner les mouvements des bras et des jambes doivent être observées de près.

Ces signes ne signifient pas forcément qu’une pathologie grave est présente, mais ils justifient une consultation afin de vérifier le tonus, les réflexes et la symétrie globale du corps. Le professionnel de santé pourra réaliser quelques tests simples, parfois compléter par un bilan de kinésithérapie ou de psychomotricité, pour préciser la situation. Vous pouvez, en attendant, noter vos observations (quand l’enfant chute, comment il se relève, quelles positions il privilégie) pour les partager lors de la consultation.

Absence de station debout avec appui à 15 mois

À 15-16 mois, même si l’enfant ne marche pas encore seul, on attend généralement qu’il soit capable de se mettre debout avec appui (au canapé, au parc, à un meuble bas) et d’y rester quelques instants. L’absence totale de station debout avec appui à cet âge fait partie des critères qui doivent inciter à consulter. Il en va de même si l’enfant refuse systématiquement de poser les pieds au sol ou manifeste une douleur manifeste lorsqu’il est en appui.

Dans ce contexte, le pédiatre cherchera à déterminer si le blocage est d’ordre moteur (faiblesse musculaire, trouble neurologique), orthopédique (problème articulaire, malformation) ou plus comportemental (grande anxiété, peur de tomber). Selon les résultats de l’examen, il pourra vous proposer une simple surveillance rapprochée, quelques séances de rééducation motrice ou un avis spécialisé complémentaire.

Régression des acquisitions motrices précédentes

Un autre signe qui doit vous alerter est la régression, c’est-à-dire la perte de compétences motrices déjà acquises. Par exemple, un bébé qui savait se mettre assis seul et qui ne le fait plus, ou qui ne se retourne plus alors qu’il le faisait auparavant, mérite une évaluation. De même, un enfant qui marchait avec appui et qui cesse brusquement de le faire, sans cause évidente (chute marquante, douleur locale), doit être montré à un médecin.

La régression peut traduire un problème orthopédique (fracture passée inaperçue, boiterie douloureuse), neurologique ou parfois psychologique (stress intense, changement brutal de l’environnement). Dans tous les cas, elle n’est pas à banaliser. Une consultation rapide permet d’identifier la cause et de mettre en place les mesures nécessaires, en rassurant aussi l’enfant et ses parents sur la conduite à tenir.

Troubles associés du développement cognitif

La marche ne doit jamais être évaluée isolément : elle s’inscrit dans l’ensemble du développement de l’enfant, incluant la communication, le langage, l’attention et les interactions sociales. Un bébé de 16 mois qui ne marche pas encore mais qui communique, montre du doigt, imite, répond à son prénom et comprend des consignes simples présente en général un profil rassurant. En revanche, l’association d’un retard de marche avec un manque d’intérêt pour l’environnement, un regard fuyant ou une absence d’échanges vocaux doit être abordée avec votre pédiatre.

Ces éléments peuvent évoquer un retard global de développement ou certaines particularités neurodéveloppementales, sans que cela soit sûr d’emblée. Seul un professionnel formé pourra poser les bonnes questions, observer finement le comportement de votre enfant et, si besoin, proposer un bilan plus approfondi. Là encore, une intervention précoce est toujours bénéfique, que ce soit en orthophonie, en psychomotricité ou via d’autres dispositifs d’accompagnement.

Pathologies neurologiques pouvant retarder l’apprentissage de la marche

Dans une minorité de cas, un retard de marche à 16 ou 18 mois peut être le signe d’une pathologie neurologique sous-jacente. Il peut s’agir, par exemple, d’une infirmité motrice cérébrale (IMC), de maladies neuromusculaires (comme certaines myopathies), ou d’atteintes des nerfs périphériques. Ces situations restent rares, mais il est important de les connaître pour comprendre pourquoi certains examens complémentaires peuvent être proposés.

Les atteintes neurologiques se manifestent souvent par un ensemble de signes : tonus très élevé (bébé « raide ») ou très faible, asymétrie nette des mouvements, retard global dans plusieurs domaines (motricité, langage, contact), réflexes anormaux, difficultés à contrôler la tête ou le tronc. C’est la combinaison de ces éléments, plus que le seul fait de ne pas marcher à 16 mois, qui oriente le médecin vers ce type de diagnostic. En cas de suspicion, des examens complémentaires (imagerie cérébrale, bilans génétiques ou métaboliques) peuvent être discutés au cas par cas.

Interventions thérapeutiques et stimulation motrice précoce

Lorsque le retard de marche est confirmé ou simplement suspecté, différentes interventions peuvent être mises en place pour accompagner l’enfant. La rééducation motrice précoce repose sur des approches ludiques, centrées sur le jeu et le plaisir de bouger. Loin de « forcer » la marche, il s’agit plutôt d’offrir à l’enfant des expériences de mouvement variées, sécurisées, pour l’aider à découvrir ses capacités et à renforcer sa confiance.

Le kinésithérapeute pédiatrique, le psychomotricien ou l’ergothérapeute peuvent proposer des séances régulières, au cours desquelles ils montrent également aux parents des gestes simples à reproduire à la maison. Par exemple, placer un jouet légèrement en hauteur pour inciter l’enfant à se redresser, l’encourager à passer de la position assise à la position debout, ou organiser un petit parcours moteur avec coussins, tunnels et appuis stables. Ces pratiques, répétées dans le quotidien, accélèrent souvent l’acquisition des différentes étapes qui mènent à la marche autonome.

Accompagnement parental et surveillance médicale adaptée

Être parent d’un bébé de 16 mois qui ne marche pas encore peut être émotionnellement éprouvant, surtout face aux comparaisons avec les autres enfants. Pourtant, votre rôle est central : c’est vous qui offrez à votre enfant un environnement rassurant, stimulant et respectueux de son rythme. En privilégiant la motricité libre, les jeux au sol, les encouragements positifs et un regard bienveillant sur ses essais, vous contribuez directement à la construction de sa confiance et de ses compétences motrices.

Les consultations régulières chez le pédiatre, prévues dans le calendrier de suivi, sont aussi là pour vous accompagner. Elles permettent de vérifier que la croissance est harmonieuse, que le développement global suit son cours et, si besoin, d’orienter vers des professionnels spécialisés. N’hésitez pas à y exprimer toutes vos questions, même si elles vous semblent minimes : il n’existe pas de « petite » inquiétude quand il s’agit de son enfant. Ensemble, vous et l’équipe médicale pouvez surveiller l’évolution, ajuster les conseils et mettre en place, le cas échéant, les moyens nécessaires pour que votre enfant atteigne la marche dans les meilleures conditions possibles.